dimanche 20 décembre 2015

Un flocon d'éternité - conte de noël


 

Cette semaine, pas de dessin ni de collage, mais des lettres (thème proposé par Ynomra  pour le challenge # 80 chez Jijihook http://www.jijihook.fr/) pour illustrer le conte de noël que j'ai écrit il y quelques semaines (pour participer à un concours, mais mon texte n'a pas été retenu), alors je le partage avec VOUS, chers visiteurs de passage:

 
 
Un flocon d’éternité
 
La nuit s’installe tranquillement sur la ville. De légers tourbillons de vent transportent les murmures de la vie dans les rues désertes en cette soirée de veille de Noël. A travers les fenêtres givrées, on aperçoit des flammes de bougies, on entend des rires, de la joie.

Des pas feutrés et des voix basses parcourent les couloirs blancs de l’hôpital. Dans la pénombre de sa chambre, éclairée d’une simple veilleuse, une femme aux longs cheveux respire lentement, le regard plongé dans l’infini. Des frissons parcourent sa peau très pâle. Sa tête tourne. Son âme est en train de quitter ce monde, petit à petit, dans le ciel sans nuage de cette nuit d’hiver.

Elle songe aux siens, rassemblés dans leur foyer chaleureux, près du sapin qu’ils ont préparé ensemble. Ces êtres tant aimés, pour qui elle a laissé un message à chacun : un mot d’amour, des mots d’espoir, pour que leurs cœurs ne se ferment pas lorsque le sien se sera éteint. Elle a gravé au plus profond d’elle-même leurs sourires, leurs voix, leurs odeurs, la douceur de leur peau.

Une larme coule sur sa joue. Pourtant, elle n’est pas triste. Elle a déjà assez pleuré. Elle ne veut pas laisser la tristesse lui ravir ces instants de paix, paix qu’elle a eu tant de mal à apprivoiser, entre la révolte et le désespoir. Elle se laisse envelopper par la sérénité.

Soudain, une vague de chaleur la submerge, comme si des milliers d’ailes d’anges se mettaient à l’entourer pour qu’elle ne se sente pas seule. Elle appuie son front sur la vitre froide. Les étoiles qui scintillent dans le ciel se reflètent dans ses yeux.

Elle ouvre la fenêtre pour savourer encore une fois les sensations de l’hiver. Lorsque l’air glacial s’engouffre, la larme qui perlait sur sa joue se cristallise, juste avant de tomber sur le sol. Un souffle invisible emporte ce petit flocon tout juste créé, et le fait danser dans la vie de cette nuit spéciale de l’année.
* * *
Quelques étages plus bas, une future maman fait des allers et retours dans les couloirs trop éclairés, attendant patiemment, caressant son ventre tendu et rond. Elle sait qu’une nouvelle vie va arriver dans le calme de cette longue nuit.

Elle songe au sapin qu’elle a fini de décorer le matin même, pensant qu’elle fêterait Noël à la maison, avec sa famille. Elle sent encore la douce odeur des tendres pains d’épice sortis du four, la cannelle préparée pour le thé.

Des larmes ruissèlent sur ses joues. Elle ne veut pas laisser la peur l’envahir. Elle souhaite profiter au mieux de ces instants presque irréels, suspendus dans le temps, et en garder la trace pour toujours dans son cœur. Elle se laisser envelopper par le bonheur.

Des vagues de chaleur de plus en plus intenses traversent son corps, l’aidant à se préparer à accueillir un nouveau petit être sur la terre. Elle appuie sont front sur la fraicheur bienfaisante de la vitre. Les lumières de fête qui scintillent dans les rues se reflètent dans ses yeux.

Elle ouvre la fenêtre et aperçoit un flocon de neige, le premier de la saison, virevolter dans les airs comme un cadeau précieux du ciel porté par un ange. Le flocon se pose délicatement dans sa main. Elle le dépose avec amour sur son ventre frémissant. Elle respire profondément et sourit. Elle se sent unie à l’univers.

* * *
Lorsque les premiers rayons de soleil se lèvent dans la promesse de l’espoir de ce paisible matin de Noël, des yeux pleins de sagesse se ferment pour la dernière fois, tandis qu’au même instant, des petits yeux bleus brillants s’ouvrent et s’émerveillent pour la première fois, sur la terre.
 
vanessa f. - noël 2015


1 commentaire:

ynomra a dit…

magnifique texte et bravo pour ton oeuvre, on ressent toute la sérénité que tu as voulu démontrer avec le nuage et le blanc, bravo

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